Solaires

 

Civilisation de l’abondance

« Lorsque tout devient possible et disponible, est-ce que tout ne perd pas finalement sa valeur ? »

Les colonies jouissent d’une technologie si avancée que des pans entiers de la société ont été remis en causes. Ainsi, en cette fin de siècle, les corporations disposent de moyens dépassant les besoins des colons, et ce, de plusieurs ordres de grandeur. Ceci a inévitablement un impact sur la société et l’organisation du travail.

La nouvelle donne

Les colonies ont rapidement été confrontées à des problèmes d’échelle : leurs besoins en termes de ressources dépassaient les capacités d’envoi depuis la Terre et il était indispensable d’optimiser au maximum toute la chaîne de production sur place.

Dans le même temps, des progrès extraordinaires ont été accomplis du côté de l’intelligence artificielle et de la robotique. Au-delà même de l’IA forte, cette technologie a permis de remplacer l’opérateur humain dans de très nombreux domaines, au point que plus de la moitié des métiers avaient disparus dès la fin des années 2030.

Si sur Terre, l’usage d'IA forte fut strictement interdit (de même que les recherches afférentes), ce ne fut pas le cas dans les colonies. Et, avec l’arrivée des constructeurs universels et la mise en place de l’automatisation de tout ce qui pouvait l’être, les colonies ont vécu une inversion complète de leur paradigme : elles n’étaient plus en manque de main d’œuvre. Elles commençaient même à voir une partie de sa population désœuvrée.

La situation, que ce soit sur Terre ou dans les colonies, n’est jamais revenue à un état permettant d'avoir un plein emploi, hors chômage structurel. Ainsi dans les colonies le nombre de personnes considérées ni étudiante, ni employée, ni stagiaire a explosé au point qu’en cette fin de siècle, bien plus de 90 % de la population est considérée comme oisive dans les colonies.

Il est important de noter que dans tous les cas où les corporations ont choisi l’automatisation, cette automatisation a toujours été en vue d'une augmentation de quantité mais aussi de qualité, y compris dans des domaines qui étaient considérés au début du siècle comme relevant de l’humain.

Métiers notables disparus

Dès le début du vingt-et-unième siècle, les experts et politiques purent prédire qu’un grand nombre de métiers allaient disparaître dans les années qui allaient suivre. Avec la logique particulière des colonies, le nombre de métier touchés fut bien plus grand qu’espéré ou craint.

Les premiers secteurs touchés furent évidemment les industries primaires et secondaires. Les robots d’assemblage étaient déjà légion dans la seconde moitié du vingtième siècle, mais l’apparition de l’intelligence artificielle, retira définitivement les opérateurs humains de toute la chaîne de la production : l’extraction, le raffinage, le transport, la transformation, la fabrication, l’assemblage et même la livraison sont désormais totalement automatisés et là où des milliers de personnes travaillaient, une poignée de Solaires suffisent désormais. Même les bureaux d’études ne laissent plus que certains aspects artistiques aux mains des Solaires.

Les secteurs tertiaire et quaternaire ont longuement résisté mais dès les années 2010 de plus en plus de ses activités se sont trouvées modifiées par les avancées des TIC. Le travail fantôme a explosé, l'uberisation globalisée. Mais rapidement d'autres technologies amenèrent la conclusion logique : plus de caisse en libre-service, les articles ayant tous une puce RFID, plus de véhicule de tourisme avec chauffeur, les voitures étant devenues autonomes et ainsi de suite. Même sans IA forte, la démonstration automatique de théorème, la veille légale ou technologique, l'art génératif et la créativité artificielle, les assistants personnels, et les découvreurs de médicaments par exemple ont pris une place importante dans les industries de service, de l'information et de la connaissance.

La maintenance des colonies a été entièrement automatisée. Au niveau le plus bas, on trouve une myriade de petits robots d’inspection, de nettoyage et de réparation. Au niveau le plus haut, seule la stratégie de développement est laissée aux Solaires. Qu’il s’agisse de la maintenance des colonies, des vaisseaux, du matériel ou même du logement, tout le secteur est désormais automatisé.

L’assistance est un autre domaine lourdement affecté. Qu’il s’agisse de l’accueil, de l’assistance à distance, de l’information ou même de l’administratif, les opérateurs sentients ont été remplacés depuis longtemps par des agents automatiques. Il est à noter qu’une grande partie de ces fonctions ont été contextualisés à travers la réalité augmentée, désincarnant même ces services.

La sécurité a aussi été considérablement impactée. Les agents de terrains, qu’il s’agisse des patrouilleurs ou des sauveteurs, ont pratiquement tous été remplacés par des robots spécialisés. Il reste évidemment, au niveau stratégique, des opérateurs sentients, mais ils ne représentent qu’une infime partie des forces de sécurité. S’il ne faut plus s’attendre à trouver des policiers en uniforme dans les rues des colonies, les robots qui les remplacent sauront encore vous aider.

La médecine, pour ce qui est de son application, est une autre « victime » de l’intelligence artificielle. En dehors de la recherche, tout ce qui touche aux opérations et diagnostiques sont désormais le fruit d’un travail automatisé. Les rares médecins qui restent, sont des agents en poste en des lieux isolés ou à bord des vaisseaux.

Un dernier domaine pour lequel beaucoup d’encre, numérique, a coulé est l’instruction et l’enseignement. Dans les colonies, le métier de professeur a littéralement disparu. Ce métier et ce qui l’accompagnait a entièrement été remplacé par des intelligences artificielles préceptrices. Chaque Solaire est accompagné, durant toute sa vie, par une cohorte d’intelligences artificielles. Elles imprègnent, à travers la couche de réalité augmentée, mais aussi les loisirs et les jeux, leurs élèves, s'assurant de leur apporter et de leur faire apprendre tout ce qui leur sera nécessaire sans jamais avoir besoin de les forcer. Cette méthode obtient de très bons résultats mais a été le sujet de débats très houleux et reste encore régulièrement remise en question.

Bien d'autres métiers ont disparu dans les colonies, cet aperçu est en effet loin d’être exhaustif.

La situation sur Terre

Sur la planète bleue, la raréfaction du travail n’a pas été aussi bien vécue que dans les colonies. La « valeur travail » est restée cher au cœur de nombreux terriens et la montée du chômage a provoqué un grand malaise social.

Grâce à l’interdiction de l’intelligence artificielle forte, le chômage est parvenu à se stabiliser aux alentours de 40 %, dont plus de 35 % de longue durée. Cette tendance s’est aussi stabilisée avec plusieurs politiques visant à favoriser le « travail humain » qui a aussi permis l’explosion des « bullshit jobs » dont les postes ne produisent rien et servent juste à obtenir des réductions fiscales.

La mesure qui a finalement permis d’éviter l’explosion du corps social fut simplement de taxer le travail non-humain, aussi appelée « taxe des robots ». Cette nouvelle taxe, aux montants initialement timides, est désormais la source principale de fonds pour le paiement des allocations du chômage et ce dans pratiquement tous les pays.

Ces mesures eurent toutefois quelques effets néfastes, notamment lorsqu’elles rendirent le travail humain moins cher que celui des robots. Si cela réduisit considérablement le taux de chômage dans les régions touchées, les conditions de travail furent considérablement dégradées.

Des limites

En apparence les capacités des corporations sont sans limites. Toutefois, toutes ont choisi d’en imposer en interne.

La principale limite est une restriction des ressources accessibles aux incorporées. Ceci a été systématiquement mis en place par la création d’une monnaie interne. D’une façon ou d’une autre, tous les incorporés perçoivent une allocation, un salaire, ou une affectation pour leur permettre de vivre convenablement. Toutefois, force est de constater qu’il s’agit d’un mécanisme anti-abus plus qu’une véritable limite pour le commun des colons.

En outre, le Traité des Solaires impose à toutes les corporations d’offrir tous les services vitaux, notamment l’habitat, la nourriture, l’éducation, la santé et la communication, et ce sans contrepartie. Toutes les corporations octroient de base des droits plus étendus.

Par ailleurs, en dehors d’Aesir, toutes les corporations ont choisi de permettre à leurs incorporés d’augmenter leur traitement en contribuant de façon active à la corporation. Il s’agit pour elle de donner une raison pour pourvoir les postes non automatisés et de satisfaire ceux pour lesquels la « valeur travail » est encore importante.

Concernant Aesir, la corporation s’est organisée en appliquant un service obligatoire pourvu de très longues périodes de permissions. L’allocation donnée par la corporation est alors fonction de ce service dont le montant minimum est comparable aux autres corporations.

Des Solaires perdus

Avec autant de temps libre, une fraction de la population, surtout d’anciens terriens, se sentent perdu. N’ayant plus leur vie à « gagner », ils se cherchent souvent des buts, des objectifs : une raison d’être.

Ils savent que quoi qu’ils fassent, y compris rien, la corporation continuera d’organiser leur vie et d’assurer leurs besoins, et même plus. Il apparaît alors chez ces personnes, un désarroi qui les porte parfois même jusqu’à la dépression.

Heureusement, les corporations sont parvenues à trouver des solutions. Certains trouvent un poste actif dans la corporation, qu’il s’agisse de politique ou de tout autre poste pour lequel un être sentient est utile. D’autres s’impliquent dans des associations et enfin d’autres s’épanouissent dans les loisirs.

Dans tous les cas, il semble que ce mal être, qui touche moins d’un dixième de la population, soit associé à la croyance terrienne dans cette fameuse « valeur travail ». Certains l’ont comparé au désarroi de certains retraités.

Occupations des colons

En dehors des cas précédents, les incorporés vivent bien leur oisiveté qui leur permet de mettre tous leurs moyens dans leurs projets personnels.

Beaucoup de Solaires s’aventurent dans l’associatif : menant des projets très variés transverses à la corporation. Il peut s’agir de politique, d’art, de science… Tout peut faire l’objet d’une association et le droit d’association est même inscrit dans le Traité des Solaires, tant cela revêt de l’importance dans la civilisation extraterrestre.

Il est intéressant de noter que le sport occupe à nouveau une place de choix dans les colonies. Dans les premiers temps de la colonisation, le sport était un exercice de maintien en forme plus exécuté par nécessité que par envie. Ce n’est heureusement plus le cas.

Enfin, il serait très malhonnête de passer sous silence les occupations « virtuelles », notamment les stims. Les stims sont les héritiers du cinéma et des jeux vidéo. Et par rapport à ce dernier point, il est extrêmement important de noter qu’une majorité écrasante de colon joue aux stims et plus particulièrement à ceux qui sont massivement multijoueurs. C’est très simple : en réalité, les guildes de ces descendants des MMORPG sont devenues un véritable tissu social qui déborde sans complexe sur la société en dehors du jeu.

Les indépendants

Jusqu’ici nous avons surtout traité des incorporés. Pourtant, il existe une partie de la population, une minorité, qui a choisi un mode de vie externe aux corporations, ou plus exactement transverse : les indépendants.

Il s’agit d’une population peu oisive, principalement par leur positionnement. Ces personnes souhaitent, pour la quasi-totalité, avoir un impact dans la société et possède un goût pour l’aventure et le risque.

Ces indépendants sont souvent investis par les corporations pour exécuter des missions, bien réelle. On trouve ainsi beaucoup de mercenaires et « d’aventuriers » mais aussi quelques groupes indépendants politiquement mais au service des colonies comme les Solar Wardners.

Enfin, notons l’existence d’un groupe particulier : les cercles de jeu de Zuko. Ceux-ci plonge leurs membres dans un environnement extrêmement gamifié, où les actions rapportent des points et les points apportent d’autres récompenses. Présentés comme un jeu, les participants à ces jeux sont souvent appelés à effectuer des missions bien réelles. Ce groupe prend de plus en plus d’importance au point d’attirer régulièrement l’attention des Solar Wardners. Toutefois, ce que ce groupe semble vouloir nous enseigner, c’est que, finalement, pour les Solaires, les mondes virtuels suppléent le réel et que là il y aura toujours de la place.

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articles/vie/civilisation_abondance.txt · Dernière modification: 2017/06/18 18:09 par morvan